Herri Berri souhaite revenir sur la cérémonie des vœux du maire de Saint-Jean-de-Luz, samedi dernier. On le sait, cette cérémonie est un rituel républicain un brin convenu, mais c’est aussi un moment politique qui est tout sauf innocent.
En l’occurrence, cette année le maire a notamment profité de la récente publication des résultats du recensement de la population pour se satisfaire d’une reprise démographique dans la ville (population municipale : 13 431 habitants), s’attribuant ce résultat par un effort en matière de logement. Pour Herri Berri, cette posture quelque peu fanfaronne ne doit pas masquer un certain nombre de réalités, dont certaines sont aussi des craintes.

La première réalité est le fait que Peyuco Duhart encense sa politique du logement, alors même que l’équipe dont il a fait partie et qu’il dirige aujourd’hui a renoncé à toute politique de logement social entre 1995 et 2008, laissant les évolutions du marché foncier rendre aujourd’hui la stratégie urbanistique extrêmement contrainte. Herri Berri revendique l’origine du salutaire changement de braquet postérieur à 2008 – bien réel et qui permet aujourd’hui la légère reprise démographique –, sinon pour avoir convaincu le maire lui-même, du moins pour avoir convaincu l’opinion publique dont on sait que les politiques agissent sous sa pression.

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Herri berri force de proposition

La seconde réalité tient dans le fait que – les chiffres étant des innocents qu’on fait parler sous la torture – il y a une hausse de la population luzienne entre 2013 et 2014 mais bel et bien une baisse de 3% depuis 2008, et surtout une stagnation depuis 1999 (13 247 habitants), date du premier recensement de l’ère MAM-Duhart. Cela, en 20 ans ! Mis en parallèle avec les autres communes du littoral ou surtout de la zone périurbaine voisine, dont les populations augmentent fortement, cette évolution confirme l’image d’une ville qui s’est littéralement endormie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir en termes de dynamisme économique, de vie sociale ou d’animation. Et encore en restons-nous à l’analyse statistique pure, sans évoquer l’évolution sociologique de la population, en particulier sa pyramide des âges et ses profils sociaux…

Troisième réalité et peut-être la plus inquiétante car elle concerne l’avenir, Herri Berri met en parallèle cette tendance longue de baisse avec la récente adoption du Projet d’Aménagement et de Développement Durable du prochain Plan Local d’Urbanisme, qui prévoit notamment de construire 1000 logements supplémentaires. Entre 2008 et 2013, alors que la hausse du nombre de logements a été de 4%, le ratio parc total de logements/population est monté de 0,9 à 1. Cette hausse paraît anecdotique, mais elle montre en fait que l’on produit largement plus de logements qu’il n’en est besoin (1 logement par habitant aujourd’hui), et que ces nouveaux logements profitent à la résidence secondaire (+10,9%) plutôt qu’à la résidence principale (-4,2%). D’où la légitime question : pour qui construit-on, et ces constructions répondent-elles aux besoins réels de la population ?

Pour Herri Berri, loin de susciter la gloriole, les chiffres du recensement sont plutôt inquiétants. Ils devraient encourager une profonde modification de la stratégie urbanistique de la ville, et plus largement de la Communauté d’agglomération Pays Basque en cours de lancement. Herri Berri est et restera force de proposition en ce domaine.