La traduction des panneaux signalétiques publiques à Saint-Jean-de-Luz manque décidément de sérieux. Cela traduit soit une certaine désinvolture, soit un manque de considération pour la langue basque et ses locuteurs. Pour une ville dotée d’une élue déléguée à la l’euskara, c’est navrant. La responsabilité politique de la municipalité nous semble engagée.

Iratzeder, grand poète et amoureux de la langue basque, doit se retourner dans sa tombe s’il a l’occasion de jeter un œil sur le traitement de l’euskara dans la signalétique publique de Saint-Jean-de-Luz.

traductions en basque à Saint-Jean-de-Luz manquent de sérieux

Google translate, quand tu nous tiens…

Certes, des efforts ont été faits pour que les panneaux routiers, notamment, soient rendus bilingues et on ne peut que s’en féliciter. Mais, à moins de faire les choses à reculons ou dans la plus grande désinvolture, généralement on s’assure de la qualité des traductions. Personne n’a jamais demandé que la désignation de toilettes publiques ou d’une entrée d’autoroute se fasse au moyen de licences poétiques ou sous la forme de délicats alexandrins ; mais tout de même un minimum est en droit d’être exigé, celui de s’adresser à un traducteur professionnel ou au moins à un bascophone, afin de ne pas se contenter de google-translate au risque d’aboutir à des horreurs.
Ainsi ce panneau à proximité du boulevard Thiers, dont la traduction aurait dû être « Norabide guziak ». Deux malheureux mots à traduire, même pas une phrase avec un verbe ou des concordances de temps compliquées, sans aucune difficulté grammaticale pour quiconque a dépassé ne serait-ce que le deuxième niveau d’apprentissage de l’euskara en gau eskola, mais on parvient tout de même à faire regretter à un borgne de ne pas avoir perdu son deuxième œil…

Traductions : faut-il en rire ou en pleurer ?

Parfois, on finit par hésiter à penser qu’il s’agit d’une erreur ou d’une simple blague de potache. « Free eserleku », lit-on sur ce panneau devant lequel même le plus extrémiste des bascophiles sera finalement heureux qu’il soit aussi écrit en français, lui permettant de comprendre qu’il s’agit bien de places de parking. La personne qui a commis l’élaboration de ce panneau rentrait-elle donc d’Irlande et se remémorait-elle l’émotion qui l’étreignit à la lecture de la célèbre peinture de rue « You are now entering free Derry » ? Ou un célèbre opérateur téléphonique lui aurait-il piraté son logiciel de traitement de texte pour se faire de la pub du côté d’Urdazuri ? En tout cas, que les places de parking soient libres ou pas, « free » reste de l’anglais et non du basque, langue dans laquelle il faut toutefois reconnaître qu’on a trop rarement évoqué le concept de liberté pour parvenir à le traduire aisément…
Quant à « eserleku », qui signifie littéralement « siège » ou « place assise », on imagine qu’il s’agit d’une invitation à démonter les roues arrière de son véhicule pour délicatement lui poser l’arrière-train sur le sol, probablement afin de soulager les jantes ; à moins qu’il ne s’agisse d’un nouveau projet urbain prévoyant un amphithéâtre en lieu et place du parking, permettant enfin à un peu de vie culturelle luzienne d’être offerte à un quartier périphérique.

euskaraldia, parler le plus possible basque

Responsabilité politique de la municipalité

Rire ou larmes, il n’en reste pas moins que la situation de l’euskara est assez grave à l’heure actuelle au plan sociolinguistique pour que ce qui est fait en sa faveur le soit correctement, surtout lorsqu’il s’agit de signalétique publique. En ce moment même se lance « Euskaraldia », opération destinée à promouvoir l’usage de l’euskara au quotidien. La Ville a tellement voulu souligner son soutien à la démarche qu’elle a envoyé sa déléguée à la langue basque – oui, sachez que contrairement aux apparences il y a toujours une élue officiellement déléguée à l’euskara à Saint-Jean-de-Luz – entre les deux représentants associatifs, sur la photo. Dire qu’on soutient l’euskara, c’est bien ; mais agir, c’est mieux. Même dans la vacuité de la politique linguistique luzienne, l’élue en charge de l’euskara pourrait au moins se montrer vigilante à la bonne traduction des panneaux de signalisation à Saint-Jean-de-Luz. Surtout quand cette élue est membre du Parti Nationaliste Basque, dont un autre membre préside… l’Office public de la langue basque.

Dans cette ville où l’apparence et l’affichage comptent autant, que penseront donc les visiteurs bascophones qui poseront leurs yeux sur de tels panneaux ? Quant aux luziens bascophones eux-mêmes, n’attendent-ils pas un peu plus de décence dans le traitement accordé – ou infligé – à leur langue ? Gaixo euskara…