Le traité TAFTA (Trans Atlantique Free Trade Agreement ou partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ou PTCI ou TTIP en anglais) est un accord commercial en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis prévoyant la création, en 2015, d’une « zone de libre-échange » ou « grand marché transatlantique ».

Confus et masqué de ses multiples sigles, TAFTA, TTIP, PTCI, GMT, APT, cet accord n’est en rien étranger à notre quotidien, à notre territoire. Il fait suite à l’ALENA, un accord du même type entre Canada, Etats Unis et Mexique, au CETA, un autre accord identique entre l’Europe et le Canada, qui n’attend plus que sa ratification en fin d’année, aux coups d’essai plus ou moins accomplis, ACTA sur le brevetable (abandonné en 2012), l’AGCS, accord sur la commercialisation des services, l’AMI, accord mondial pour l’investissement (abandonné en 1998).
Quel est ce nouvel accord ? Quelles justifications à ce projet ? Quelle lecture en faisons-nous à Herri Berri ?
Après une première publication sur ce même site, tentant de poser quelques repères dans ce texte complexe, nous vous exposons, cette fois, notre position.

stop tafta

Les justifications des négociateurs

Après un tel panorama qui peut sembler subjectif et à charge, ce traité doit posséder quelque qualité pour être négocié avec une telle frénésie et un tel empressement, tel François Hollande, Président français, qui invoque « … la nécessité de faire vite car le temps joue pour nous… ». Pour comprendre la motivation de ces négociateurs zélés, regardons leurs arguments.

  • PIB européen

Le PIB européen serait rehaussé, à l’horizon 2027, de 119 milliards d’euros, soit…0,5%…

  • Ouverture des marchés

Cette ouverture ouvrirait une libéralisation des services de courrier, de télécommunication, de finance, de transport…

  • Emplois

4 à 500 000 emplois seraient créés par ce traité, à l’horizon 2027.

  • Environnement

Amélioration des conditions climatiques et environnementales.

L’opinion de Herri Berri
au
sujet du TAFTA

Réalité des accords précédents

Nous pouvons nous appuyer sur les accords existants ou déjà négociés comme ALENA (Etats Unis/Canada/Mexique) ou CETA (Europe/Canada). Dans ALENA, les Etats Unis se sont armés d’une batterie de juridictions pour maintenir leurs droits de douanes, leurs aides aux industriels et des subventions agricoles sur des produits concurrentiels comme le riz, le sucre. Le Mexique était exportateur bénéficiaire en matière agricole avant ALENA. Les Etats Unis ont inondé le marché mexicain de maïs, culture historique mexicaine. Les prix se sont effondrés, entrainant pauvreté et malnutrition. L’abolition des subventions d’Etat mexicaines a coupé l’accès au crédit et le soutien des prix à la consommation.
En 10 ans, là où le traité prévoyait 20… millions d’emplois, il en a détruit entre 700 000 et 1 million. Côté salaire, ce sont ceux des américains et des canadiens qui ont été tirés vers le bas et non ceux des mexicains qui ont été relevés.
Ces accords sont le produit des intérêts bien compris des multinationales. On ne veut pour preuve que la constitution des délégations de TAFTA. On y trouve, en vrac, un conseiller de la banque Golman Sachs, un conseiller d’un gros laboratoire pharmaceutique, un ancien dirigeant de Coca Cola. Dans le club des multinationales qui soutiennent ardemment ce traité, on rencontre Michelin, Nestlé, Unilever, Microsoft, l’ex président de Monsanto aujourd’hui porte-parole de la Food and Drug Association…

Principes démocratiques

Le Traité CETA est négocié depuis 2 ans. Qui le savait ? Quelle presse nous en informait ? Etait-elle informée elle-même ? Ce texte devrait être ratifié par les 28 pays de l’Union Européenne puis par les parlements nationaux. Qu’en sera-t-il ?
Les délégués américains interdisent toute publication des documents émanant de la négociation. Les originaux sont séquestrés dans une salle du Conseil Européen.
Un des piliers d’un système démocratique réside dans le concept de l’Etat de droit. Comment imaginer mettre en place une juridiction privée ? D’autre part, comment donner prédominance au droit des entreprises sur celui des Etats ? Ainsi, l’Equateur a été condamné à verser 1,7 milliards de dollars à Occidental Petroleum pour avoir mis fin à une collaboration avec le pétrolier. Philip Morris réclame plusieurs milliards de dollars à l’Uruguay et à l’Australie, sanctionnant leurs campagnes anti- tabagisme. Le suédois Vatenfall porte plainte contre l’Allemagne et sa décision de sortir du nucléaire. La société Lone Pine exige 250 millions de dollars au Québec contre son moratoire sur l’extraction de gaz de schiste ? GDF Suez demande plusieurs millions de dollars à l’Argentine pour un marché sur l’eau dont ils ont été écartés !!! La liste est inépuisable.

Fonctionnement de l’Europe

Est-ce l’Europe que nous souhaitons ? Cette Europe qui a forcé toutes les opinions en imposant la Constitution Européenne ou n’apparaît pas une seule fois le mot « citoyen ».
Cette Europe incapable de créer un véritable espace non concurrentiel, tirant les droits sociaux vers le bas.
Une Europe dont la fiscalité disparate favorise la fraude et qui héberge en son sein tant de paradis fiscaux.
L’Europe sans frontières qui se renvoie ses propres résidents de pays en pays triant les bons et les mauvais européens. Qui laisse s’échouer où se noyer des milliers d’exilés qui ne seraient que des « parasites en mal d’exil » venant « profiter de nos richesses ».
L’Europe des transports qui propulse des centaines de milliers de camions sur les routes pour un chassé-croisé insensé de denrées produites avec des semences stérilisées et aux gènes brevetés, en dépit des cultures alimentaires et à des prix toujours moins respectueux du travail.

Les actions

Tout ceci peut sembler bien trop imposant pour nos petites conditions de citoyens. Comment s’y prendre pour endiguer pareille entreprise ? Au sein d’Herri Berri comme au sein de nombreux groupes citoyens, nous croyons que nous sommes encore maitres de nos destins. Il y a ce travail de fourmis que les jeunes générations nous apprennent à intégrer dans nos citoyennetés revisitées. Et puis il y a les postures et souverainetés politiques publiques.

commune hors TAFTA

Stop TAFTA

De nombreux collectifs, composites et généreux, jeunes et drôles se constituent un peu partout, en France, en Europe, aux Etats Unis. Une journée internationale les a mobilisés simultanément le 18 avril dernier, timidement relayés par la presse. Nous sommes nombreux, dans ces mouvements spontanés. Toutes les motivations sont les bienvenues.

Herri Berri est ouvert à toute action, information, présence auprès de ces collectifs locaux, sur le territoire luzien.

Zones Hors TAFTA

Les élus du peuple, Maires, Conseillers, Députés, etc. ont le pouvoir de manifester leur inquiétude et  leur désapprobation. Cela dépend beaucoup du message que leur transmettent les citoyens. Nombre de communes l’ont déjà fait en France, en Espagne, comme au Pays Basque. A Saint-Jean-de-Luz, Herri Berri s’est heurté à une fin de non-recevoir de l’équipe municipale en place, lors d’une question d’actualité que nous avons posée en séance du Conseil Municipal, le 26 septembre 2014, suivie d’un communiqué de presse dans Sud-Ouest. Nous n’abdiquerons pas et continuerons à demander que notre Commune soit déclarée « Zone Hors Tafta » afin de rejoindre ceux qui portent réflexion sur ce traité, comme les villes d’Hendaye ou de Bidart.

Ce traité bafoue un certain nombre de valeurs auxquelles Herri Berri est attaché : démocratie, principe de précaution, transition énergétique, identité culturelle, économie sociale et solidaire. Nous ne pouvions rester muets.

Prenez contact avec nous si vous vous sentez concernés. Nous vous informerons autant que faire se peut sur l’évolution de ces négociations sur ce site et dans nos communications.