Lors du conseil municipal du 8 mars dernier, une délibération liée au transfert par la ville à l’agglomération de la compétence liée à la préservation du foncier agricole a servi d’accroche à Peio Etcheverry-Ainchart, élu Herri berri, pour déplorer la faiblesse de l’action concrète en faveur d’une agriculture urbaine. Conséquence : alors que l’on parle de plus en plus d’alimentation saine et de traçabilité, rien dans les actes ne favorise la « sanctuarisation » des terres agricoles. Tout reste à faire.

portrait de Peio Etcheverry-Ainchart, élu Herri Berri  Dans cette phase de naissance de la Communauté d’Agglomération, le fonctionnement de la nouvelle structure n’est pas des plus souple, ni des plus efficace. C’était à prévoir et c’est sans doute normal. Mais alors, quelle stratégie adopter au regard des compétences ? Assurer du mieux possible la gestion des compétences obligatoires avant d’en prendre de nouvelles, ou au contraire choisir de les accumuler dès le début ? Et surtout, quel mode de gouvernance pour accompagner ces choix ? Questions délicates.

Mais s’il y a bien une compétence qui nous paraît nécessaire à prendre, alors même qu’elle est considérée comme facultative, c’est bien celle liée au foncier agricole, pour les raisons clairement évoquées dans les libellés de cette délibération et des deux suivantes. Pas de problème donc pour les voter. Mais ces délibérations ne doivent pas apparaître comme des formalités négligemment évacuées en quelques votes, considérant que du fait de la prise de compétence communautaire elles ne concerneraient plus la ville que de loin. Bien au contraire, nous avons beau être une commune urbaine, nous sommes concernés directement par cet enjeu agricole.

Préserver les terres agricoles à Saint-Jean-de-Luz

D’abord parce que dans le contexte de pression foncière extrême que nous subissons, le tissu foncier agricole luzien s’est réduit à une peau de chagrin, de sorte qu’il y a moins d’agriculteurs encore que de libraires. Sans vouloir vous fourvoyer dans les brumes de l’histoire, je voudrais tout de même rappeler qu’il y a quelques siècles, avant que Saint-Jean-de-Luz devienne une ville de pêcheurs puis une station balnéaire et se résumait au hameau d’Acotz, on ne vivait ici que d’agriculture et d’élevage. Aujourd’hui, on en est à se demander comment parvenir à réintroduire une agriculture urbaine, et cela demande une action foncière volontariste, actuellement quasi inexistante ici mais dont nous pourrons mesurer les velléités dans le futur projet de Plan Local d’Urbanisme (PLU), que l’on attend toujours.

produire et consommer localement
Agriculture de proximité à Saint-Jean-de-Luz

Là est la base, dans les documents d’urbanisme ; il faut de véritables zones A (agricoles), plus encore que de zones N (zones naturelles) bien trop faciles à devenir plus tard constructibles et donc aussi bien plus exposées à la spéculation foncière. Il faut aussi cesser le double discours qui consiste à parler de sanctuarisation des terres agricoles mais dans les actes à ne pas s’opposer à la vente d’hectares agricoles entiers, par exemple sur Berrueta à Urrugne (je rappelle que c’est à l’agglo, où nous avons nos représentants luziens, qu’avait été votée cette délibération), ou même plus près sur les hauteurs de Jaldai vers Guéthary, chez un cuisinier mondialement connu. Dans cette zone d’ailleurs se mènera le bras de fer le plus significatif entre extension de la zone d’activité, ouvertures à l’urbanisation, et maintien des derniers véritables potentiels agricoles de la ville.

cantines scolaires débouché des produits agricoles
Une nourriture locale et de qualité pour nos enfants

Soutenir la filière agricole par l’action publique

Ensuite, cela demandera aussi que l’on contribue à la viabilité des exploitations agricoles locales, en leur procurant un débouché pour leurs produits. Les collectivités locales sont des débouchés majeurs par exemple par le biais des cantines municipales, en particulier pour les types de productions qu’elles auront décidé d’y promouvoir, je pense bien sûr en ce qui concerne les orientations de Herri Berri aux circuits courts et à l’accent donné à la filière bio. Cela demande d’être fourni en quantité, donc d’avoir davantage d’agriculteurs, donc de favoriser leur maintien et leur installation à proximité. Urbain ou pas, on ne peut pas à la fois vouloir bien manger et ne pas permettre à l’agriculture paysanne locale de se développer.

Les enjeux se jouant derrière cette délibération concernent tous les luziens.