Lors du conseil municipal du 8 mars dernier, l’un des points principaux des orientations budgétaires débattues concernait le projet de pôle culturel. Au nom de Herri Berri, Peio Etcheverry-Ainchart a pointé, sinon les faiblesses du projet en lui-même, l’absence totale de vision intercommunale dans l’élaboration et la conduite de ces grandes infrastructures. Résultat : trois salles de spectacles en 3 kilomètres carrés, alors même que l’on peut considérer que Saint-Jean-de-Luz et Ciboure constituent un seul et même ensemble urbain.

Un mot sur ce qui constitue, avec les vestiaires de Chantaco, le principal nouveau chantier lancé cette année : le pôle culturel.

pôle culturel Saint-Jean-de-Luz
Maquette du projet de pôle culturel à Saint-Jean-de-Luz

Flou financier autour du projet

Sur le chantier du futur pôle culturel, nous allons monter crescendo avec un engagement cette année de 750.000 euros, puis dès l’année prochaine 5 millions d’euros, pour un total qui se chiffre à la louche à 10 millions d’euros TTC, si tant est qu’il n’explose pas comme la plupart des grands aménagements urbains qui sont nés dans la ville. Et cela sans parler du coût de fonctionnement ensuite. Ce volet budgétaire est pour nous source d’interrogation, puisqu’il ne nous paraît pas que le plan de financement soit totalement ficelé, en tout cas nous n’avons pas à cette heure connaissance de toutes les précisions dans ce domaine. Notez que ce n’est pas forcément cela qui nous inquiète le plus, car la Ville a montré qu’elle était assez riche pour se permettre quelques approximations de départ, voire un éventuel recours à l’emprunt sur le financement de ce projet.

Inflation de salles

Ce qui nous pose davantage problème réside dans la manière avec laquelle les grandes infrastructures en général, et culturelles en particulier, sont envisagées puis lancées au plan local. Nous vous l’avons déjà dit, nous n’avons rien contre le principe d’un pôle culturel, encore moins à Harriet Baita, puisque cette idée figurait également sur notre projet municipal lors des élections municipales dernières. Sauf qu’à la différence de votre mode de fonctionnement, pour notre part nous ne nous serions jamais lancés dans un tel projet sans concertation avec les communes environnantes. Nous l’avons déjà évoqué, il y a en moins de 20 kilomètres plusieurs salles de spectacles de diverses jauges à Biarritz, Larreko à Saint-Pée. Ces infrastructures sont déjà existantes et on ne peut que regretter qu’elles n’aient pas fait l’objet de plus de concertation avec les communes voisines. Mais il y a encore deux projets à Ciboure, donc dans un environnement immédiat du nôtre, qui ne sont pas encore lancés.
La salle des anciens tennis couverts de Ciboure, pourtant annoncée à l’origine comme une simple salle polyvalente améliorée, prendra finalement la forme d’une véritable salle de spectacle d’environ 350 places assises et 500 debout, et elle en génèrera aussi les coûts à 2,5 millions d’euros. Celle des Récollets, incluse dans le projet d’ensemble concernant la presqu’île et porté en partie par notre ville via le Syndicat de la baie, contiendra une jauge modulable là encore de plus de 300 places assises, pour un prix de près de 3 millions d’euros.

chapelle des récollets à Ciboure
Une salle de spectacle de 300 places est prévue aux Récollets à Ciboure

Pour plus de vision intercommunale

Quand nous évoquons ces salles d’une proximité immédiate, vous vous défendez toujours en disant que la salle de spectacle luzienne aura une jauge que n’auront pas les autres, à savoir 500 places assises ou 1200 debout. Mieux, on nous explique au sujet de celle des Récollets qu’elle sera complémentaire à la nôtre parce que les spectacles qui y seront proposés seront acoustiques. Certes. Sauf que nous ne sommes pas à Paris ni même à Bordeaux, et nous n’avons ni le besoin, ni la masse critique démographique nécessaire pour prétendre couvrir – à 200 places de plus ou de moins que la voisine – toute la gamme des jauges de salles de spectacles, tout en assurant une programmation assez riche pour faire vivre chacune d’elles.

À des prix tels que ceux de ces investissements – on parle de plusieurs millions d’euros cumulés pour les trois salles – et devant tant d’autres besoins de nature diverse en matière de politiques publiques, peut-on sérieusement considérer qu’il faille se payer le luxe d’une salle à Ciboure pour le violoncelle, d’une autre à Saint-Jean-de-Luz pour la guitare électrique, et encore d’une autre pour on ne sait quoi d’autre, le tout à moins de trois kilomètres carrés ? N’y-a-t-il pas donc un plan d’ensemble à envisager entre Ciboure et Saint-Jean-de-Luz pour éviter une telle gabegie tout en maintenant un même niveau d’offre culturelle ? Il est temps d’appliquer enfin un principe intercommunal, par lequel les besoins et les projets se doivent d’être mutualisés à l’échelle d’un bassin de vie, surtout quand on convient que Saint-Jean et Ciboure ne représentent jamais qu’un seul et même ensemble urbain.

Intervention de Peyo Etcheverry-Ainchart au Conseil Municipal de Saint-Jean-de-Luz le 8 mars 2019