“Herri Berri dénonce une “magouille” immobilière”

Merci au correspondant de Sud Ouest, Arnaud Desjeans, dont l’article fait écho à la dénonciation par les militants et élus Herri Berri d’une manoeuvre de promoteurs immobiliers à Saint-Jean-de-Luz. Un reportage de France 3 Euskal Herri et un article du quotidien Mediabask ont déjà évoqué le scandale.

Le promoteur bayonnais Ifo s’est-il engouffré dans un vide juridique pour réussir à construire une résidence de 18 appartements, divisée en deux immeubles, sans inclure de logements locatifs sociaux (LLS) dans le projet ? C’est la question que « Sud Ouest » aurait aimé poser au responsable de la société, Frédéric Orard. Ce dernier n’a pas encore répondu à nos sollicitations (1).
Le groupe municipal d’opposition Herri Berri n’a pas attendu la réponse du principal mis en cause pour organiser une manifestation samedi matin, devant ces deux bâtiments flambant neufs, situés juste au-dessus de la polyclinique, chemin Chingalatenia. Les quatre élus étaient accompagnés de plusieurs militants d’EH Bai et d’Aitzina.
Ces mouvements abertzale sont très attachés à la construction de logements sociaux sur un territoire où les prix de l’immobilier ne cessent de gonfler. On comprend mieux pourquoi des affiches « halte aux magouilles » et une banderole « ici, (il manque) neuf logements sociaux » ont fleuri sur ce lot, vendu par une famille luzienne en 2012.

Derrière le vernis juridique…

Le terrain a été divisé en trois parcelles. Celle du haut accueille la résidence Behereko Etxea (huit appartements). Celle du bas Gaineko Etxea (dix logements). Le chantier est bientôt terminé. Sur le papier, deux promoteurs différents sont en charge de deux chantiers distincts. On retrouve également deux permis de construire, deux architectes, deux actes notariés, etc.
Les deux promoteurs n’étaient donc pas dans l’obligation d’inclure 30 % de logements sociaux dans leur programme, le Plan local d’urbanisme ayant fixé cette règle pour les résidences de plus de 10 logements.
Mais les élus d’Herri Berri ont décortiqué le site Internet du promoteur Ifo, ainsi que les documents disponibles au service urbanisme de la mairie et à la Direction générale des finances publiques. Pas de doute pour l’élu Peio Etcheverry-Ainchart : « Il s’agit bien d’un même et seul projet qui a été divisé en deux pour éviter d’inclure six logements locatifs sociaux. »
Sur site, les deux bâtiments se ressemblent comme deux gouttes d’eau. « C’est un peu trop harmonieux », ironise l’élu abertzale, en énumérant les autres liens : « Mêmes logos, même architecture, même date d’acte de vente des parcelles dans la même étude notariale, statuts des deux sociétés identiques au mot près, accès aux réseaux communs, mêmes entreprises pour le chantier, même date de livraison, etc. »

Illégalité ou immoralité ?

Peio Etcheverry-Ainchart soupire : « Une fois les permis accordés, le promoteur n’a même plus pris soin de maquiller sa bidouille. C’est lui qui assume la paternité des deux programmes sur son site Internet. Hors le vernis juridique, il y a bien un seul et même maître d’ouvrage. » Pour les trois groupes politiques, « le promoteur a abusé d’un règlement d’urbanisme pour s’affranchir d’une règle pensée pour permettre à 80 % de la population d’avoir accès à un logement ». Herri Berri pose la question : « Est-ce légal. Si c’est le cas, c’est au moins immoral. »
Si les manifestants ont souhaité attirer les projecteurs médiatiques sur ce site, c’est parce qu’un troisième permis de construire de huit logements a été déposé sur la troisième parcelle du terrain. « Au final, ce sont neuf logements locatifs sociaux qui auraient dû être construits ici », fulminent les manifestants.
Il y a quelques mois, Herri Berri avait demandé au maire Peyuco Duhart de modifier le Plan local d’urbanisme et d’étendre la règle des 30 % de LLS sur les programmes de 5 à 10 logements. Cette proposition a été étudiée sérieusement par la mairie et figurera peut-être sur la prochaine mouture du PLU.
(1) Le promoteur a été contacté samedi et dimanche, en vain.

http://www.sudouest.fr/2017/12/05/herri-berri-denonce-une-magouille-immobiliere-4006196-4383.php

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