Durant les semaines dernières, la presse s’est faite l’écho d’un événement mis au jour par le groupe abertzale luzien Herri Berri, qui donne une nouvelle perspective à la problématique du foncier au Pays Basque. Étant à la veille de la promulgation de la nouvelle loi Duflot sur le logement, quelques réflexions s’imposent.

Destination privée pour école privée

Celles et ceux qui connaissent un peu Saint-Jean-de-Luz savent que l’une de ses plus anciennes écoles catholiques est sise au milieu de la rue Saint-Jacques et se nomme Saint-Joseph. Son annexe, voisine, a pour nom Sainte-Élisabeth. Avec tous ces saints, on ne sait plus auquel d’entre eux se vouer, de sorte que l’association Saint-Jean-Baptiste (décidément…) qui en est propriétaire a décidé de les vendre toutes deux (en réalité, il s’agit pour elle d’opérer un regroupement scolaire ailleurs dans la ville). Hors le petit événement historique local, la principale nouvelle n’est pas trop dans l’annonce de la vente, mais plutôt dans la nature de l’acheteur : Alday ? Vinci ? Bouygues ? On ne sait pas encore avec précision, mais ce qui est sûr, c’est que ce sera un promoteur privé et non la ville. Et là est mis au jour un problème devenu quasiment banal : au prix astronomique auquel le site sera vendu, la ville ne pourra jamais préempter.
Je ne parlerais pas de cette histoire si je n’y voyais pas l’aboutissement désolant d’une évolution commencée il y a plusieurs années : désormais, dans une zone aussi stratégique que l’est cette grande école – 3 000 m2 classés UA en plein centre-ville –, la municipalité est impuissante et ne peut s’aligner sur le prix de vente. Dans peu de temps, si l’on ne fait rien, elle ne pourra plus rien maîtriser dans toute la ville. Réflexion subsidiaire : faut-il donc penser que dans la mesure où l’on peut encore espérer construire du logement social à Saint-Jean-de-Luz dans l’avenir, ce sera toujours plus loin du centre-ville, laissant ce dernier aux seuls fortunés qui pourront assumer des niveaux de prix prohibitifs ?

Peio Etcheverry-Ainchart, élu Herri berri à Saint-Jean-de-Luz

Désaveu public sur action publique

Lors du dernier conseil municipal, le maire Peyuco Duhart avait pourtant fait un discours sur la méthode, sur un ton condescendant voire carrément paternaliste, opposant son attitude de “gestionnaire en bon père de famille” à la soi disant vision dogmatique de son opposition abertzale. Or, si une telle situation survient aujourd’hui à Saint-Jean-de-Luz comme bientôt dans d’autres centres-villes de la côte, ce n’est pas la vision dogmatique des abertzale qui l’a entraînée, mais bel et bien la politique des majorités en place durant ces dernières années, que l’on peut résumer ainsi : “Tellement peu et tellement tard” ! Pis, où en serait-on si les abertzale n’avions pas constamment martelé la nécessité d’agir et avancé des propositions dont plusieurs ont d’ailleurs été depuis adoptées dans le cas de Saint-Jean-de-Luz ?

Aujourd’hui, le drame est qu’il semble déjà être trop tard dans certains secteurs des villes du littoral. Alors que la population augmente toujours et ne cessera de le faire, les perspectives de développement de l’offre d’habitat sont de plus en plus limitées par le coût du foncier, mais aussi par le fait que l’élargissement de l’ouverture à l’urbanisation des périphéries de villes sera bloqué par l’État. Celui-ci se refusera à donner des aides publiques à l’ouverture à l’urbanisation tant que les hypercentres ne seront pas mieux optimisés, tant que la gestion intercommunale de l’aménagement du territoire ne sera pas mieux rationalisée. Cela signifie donc qu’il faut changer le logiciel de l’urbanisme sur notre territoire.

Volontarisme public ou marché privé ?

Nous le disons depuis longtemps, le logement que l’on dit “social”, mais qui est en réalité celui de 80 % de la population aujourd’hui, n’a pas pour vocation à être un logement de périphérie (…)