Analyse des progrès électoraux de la liste EH Bai aux cantonales 2015 par Raphaëlle Gourin et Arnaud Dejeans, correspondants locaux du quotidien Sud ouest.
Les abertzale sont la surprise de ce scrutin cantonal où les tensions municipales ont joué en leur faveur. Ils perdent, mais ont montré qu’ils pouvaient peser.

Plus que la victoire attendue du duo de droite sur le canton luzien, la grosse surprise du cru départemental 2015 restera le score surprenant des perdants. Personne – eux compris – n’attendait le duo abertzale d’EH Bai avec un tel score (45,4 %) face au tandem UMP de Philippe Juzan et d’Isabelle Dubarbier-Gorostidi. Ces derniers l’emportent néanmoins haut la main (54,6 %).
Entre divisions et tensions, à droite comme à gauche, le contexte municipal a forcément influé sur le résultat cantonal. Et le résultat cantonal devrait avoir des conséquences sur le municipal. La montée en puissance des abertzale de gauche aux municipales à Saint-Jean-de-Luz comme à Ciboure était sans doute annonciatrice. Mais pas au point de prédire le parcours de Leire Larrasa et Peio Etcheverry-Ainchart à cette échelle, et encore moins de les voir en tête à Ciboure (51, 28 %).

les jeunes élus aberzale cibouriens et luziens ebranles par leur score

La surprise cibourienne

Logiquement confiante à l’issue du premier tour, la première adjointe de Guy Poulou s’est fait quelques sueurs froides au fur et à mesure de l’arrivée des résultats dans son fief de Ciboure. La ville, on le sait, penche selon les scrutins tantôt à droite, tantôt à gauche. Cette fois, EH Bai est devant de 72 voix.
« Je suis surprise, et un peu déçue pour Ciboure », confiait la gagnante, tandis que les cris de liesse des abertzale résonnaient sur le parvis de la mairie. Ciboure, où Leire Larrasa ferraille contre elle dans l’opposition municipale, est la seule ville du canton à avoir mobilisé davantage au second tour qu’au premier : 70 personnes de plus sont allées aux urnes. « Le premier tour était un camouflet pour Peyuco Duhart. Le second, une grosse claque pour Guy Poulou et son équipe », tacle Peio Etcheverry-Ainchart. Le Luzien souligne la « progression fulgurante » de son camp. Certes, aux municipales cibouriennes, avant de s’allier aux socialistes, ils avaient glané 21 % des voix. De là à être devant cette fois, il y avait tout de même un gouffre.

Juzan quitte la majorité

Mais en un an, le climat politique local s’est crispé. Les socialistes cibouriens se sont entre-temps présentés divisés aux départementales. Tout cela sur fond de début de mandat miné par les polémiques, de la bataille autour de l’ikastola en passant par l’invalidation du plan local d’urbanisme. De quoi, probablement, ouvrir la porte aux abertzale.
À Saint-Jean-de-Luz aussi, imprenable bastion de droite, ils confirment leur percée avec un score inattendu de 45,75 %. Le vainqueur dit son étonnement. « Il va falloir en tirer des leçons pour l’avenir, pose Philippe Juzan. D’autant qu’ils ont un vivier important de jeunes. Je dis ça pour les autres. Moi, c’est la dernière fois que je me présente. »

Au-delà des voix de gauche

Il en a fini aussi avec sa place au sein de la majorité municipale de Peyuco Duhart. Mis sur la touche il y a un an après n’avoir pas voté pour le maire luzien à l’Agglo, Philippe Juzan a perdu son poste d’adjoint. Il est néanmoins resté dans l’équipe.
La goutte d’eau ? La candidature dissidente de son colistier Jean-François Irigoyen, le 1er adjoint luzien, aux départementales. « Je ne l’ai pas bien vécu. Après ça, je ne peux pas rester dans cette majorité. » Il devrait l’annoncer vendredi soir en conseil municipal : il y fera désormais cavalier seul. Reste une interrogation. Où les abertzale sont-ils allés pêcher ces voix ? L’addition des résultats de l’ensemble des forces de gauche du premier tour (39,6 %), ne donne pas le compte. Et puis, habituellement, une partie des électeurs des partis de gauche rechigne à voter abertzale. « On pensait faire 30 ou 35 %. Là, des gens qui n’avaient jamais voté pour nous ont franchi le cap », estime le duo d’EH Bai. De quoi argumenter pour se poser en leader conforté des gauches locales municpales.
Ils ont en plus grignoté au-delà de la gauche. Du côté du PNV ? Des partisans de Jean-François Irigoyen ? Et comment se sont partagés les 13 % du Front national ? Difficile à dire. D’autant qu’une autre donnée est à prendre en compte : près de 8 % de votants du canton ont préféré mettre un bulletin nul ou blanc. C’est plus du double du premier tour. Un message à retenir aussi pour tous les adversaires en lice.

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