élus abertzale réunis pour présenter un projet d'accorderie
Dans un article de Sud Ouest, Raphaëlle Gourin présente le projet d’accorderie qui pourrait voir le jour à Saint-Jean-de-Luz/Ciboure.Les abertzale luziens et cibouriens veulent voir naître une Accorderie, une structure d’échanges de services gratuits. Une réunion publique est prévue mercredi.Les groupes abertzale municipaux de Ciboure et Saint-Jean-de-Luz (Ziburu Bizi et Herri Berri) veulent que leurs municipalités se lancent dans un projet d’économie solidaire baptisé « Accorderie ». Les citoyens y échangent des services gratuits. Ils convient à une réunion publique sur le sujet, à la Grillerie du port mercredi, à 19 heures. Elle sera animée par l’un des principaux animateurs des Accorderies au niveau national pour la fondation Macif, le Luzien, Alain Philippe

Une Accorderie, qu’est ce que c’est ?

Le concept d’Accorderie est né au Québec. C’est une sorte de banque du temps. « Il s’agit d’une structure qui gère les échanges de services et de compétences entre particuliers, et les met en lien, décrit Pascal Lafitte, du groupe d’opposition luzien Herri Berri. Ces échanges sont gratuits, l’unité de “rémunération” se fait en temps passé. »Si vous rendez service à quelqu’un pendant une heure, vous créditez votre compte d’autant. Et en retour, vous avez droit à un service de la même durée de la part d’un autre membre. 

 « Tout le monde à de quoi rendre service »

Reste à savoir ce que chacun a à offrir. Cours de maths, informatique, bricolage, cuisine, couture, jardinageTout est possible, même le plus évident, même le plus simple. « Les gens pensent parfois qu’ils n’ont rien à offrir. Mais tout le monde a des compétences et de quoi rendre service », insiste l’élue cibourienne Leire Larrasa. « Vous avez votre permis, il vous reste de la place dans la voiture et vous passez tous les jours devant l’école ? Pourquoi ne pas y déposer des enfants ? », donne-t-elle en exemple. Faire une course, aider quelqu’un à remplir des papiers ou l’accompagner dans des démarches administratives : le champ des possibles est presque infini. 

 Un air de déjà-vu ? Oui, mais…

La structure ressemble presque à s’y méprendre aux SEL (Systèmes d’échanges locaux). Très en vogue voilà quelques années, on n’en entend plus guère parler. La différence se situe dans l’institutionnalisation des Accorderies, là où les SEL se voulaient entièrement bénévoles et autonomes. « C’est une force mais aussi une faiblesse des SEL car ils ne reposent que sur la motivation des bénévoles », estime Pascal Lafitte. Autrement dit, si les leaders s’essoufflent, le SEL disparaît.Pour contourner l’écueil, « l’Accorderie s’adosse nécessairement à une institution comme une mairie, ou un CCAS par exemple (NDLR centre communal d’action social), avec a minima une personne rémunérée, chargée du bon fonctionnement. » 

« Il n’y a pas de finalité lucrative »

Inévitablement, suite à la tempête entre « Uberpop » et les taxis, la question de la concurrence déloyale se pose. Le système de l’Accorderie ne risque-t-il pas d’ôter le pain de la bouche de professionnels ? Les instigateurs du projet ont bien sûr réfléchi à la question. « Les systèmes comme Uber ou Blablacar par exemple, se basent sur de l’échange de services entre particuliers mais pour eux, il y a une finalité lucrative, souligne Pascal Lafitte. Avec l’Accorderie, pas d’argent : on donne et on reçoit du temps, point. » 

Dépasser les clivages politiques

Voilà l’idée lancée par les deux groupes abertzale. Ils veulent que les élus majoritaires des deux villes s’en emparent aussi. Qu’elle émane de l’opposition pourrait toutefois faire grincer des dents. « J’espère, que nos conseils municipaux auront la maturité de ne pas s’arrêter à ça », dit la Cibourienne Leire Larrasa. « Peu importe si ensuite tout le monde oublie d’où venait la proposition. L’important pour nous, c’est que ce projet solidaire aboutisse, assure Pascal Lafitte. Prenons les bonnes idées d’où qu’elles viennent ! »Les élus de tous bords sont en tout cas conviés à la Grillerie. Reste à savoir s’ils viendront.