Le journaliste de Sud Ouest, Arnaud Desjeans a recueilli les réflexions de  Peio Etcheverry-Ainchart, élu Herri Berri, sur l’idée de surtaxer les résidences secondaires à Saint-Jean-de-Luz et évoque ses possibles conséquences.

Suite à l’examen du projet de loi de finance rectificative il y a quelques jours, la députée socialiste de la sixième circonscription, Sylviane Alaux, avait pris soin de souligner dans un communiqué de presse qu’elle avait déposé un amendement visant à mettre « en place une taxe annuelle sur les résidences secondaires ». En ajoutant qu’elle a « travaillé sur le sujet avec Peio Etcheverry-Ainchart ». L’élu d’opposition à Saint-Jean-de-Luz, membre de la coalition abertzale EH Bai, explique pourquoi.

« Sud Ouest ». Est-il vrai que vous avez travaillé avec la députée socialiste sur le sujet des résidences secondaires ? Si oui, est-ce que cela signifie que EH Bai travaille désormais main dans la main avec le PS ?

Peio Etcheverry-Ainchart. C’était une démarche tout à fait personnelle. C’est la preuve que nous pouvons travailler de concert sur certains sujets tout en gardant notre liberté de parole. EH Bai était au courant. Et cela ne m’empêche pas de critiquer l’action du Parti socialiste à l’échelle du Pays basque. J’ai travaillé localement en rencontrant les acteurs de terrain (Protection, amélioration, conservation et transformation de l’habitat dit PACT, Agence d’urbanisme, offices HLM, etc.). Sylviane Alaux, elle, s’est occupée du lobbying à l’Assemblée nationale. Au départ, nous avons évoqué une contribution spécifique des résidences secondaires plutôt qu’une surtaxe pour éviter d’être retoqués par le Conseil constitutionnel. Mais la mesure qui a été présentée au début du mois évoque la possibilité d’augmenter de 20 % la taxe d’habitation pour ces logements. J’espère maintenant que ce dossier ira jusqu’au bout.

« Sud Ouest ». Suite à cette annonce, le maire, Peyuco Duhart (Saint-Jean-de-Luz compte 40 % de résidences secondaires) s’est montré très sceptique et a dénoncé un « nouveau tour de vis fiscal ». Vous êtes surpris ?

Peio Etcheverry-Ainchart. Surpris, non. Déçu, oui, car sa réponse n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Cette surtaxe ne permettra pas de remettre massivement des biens sur le marché, c’est évident. Mais à l’heure où le maire pleure face à son incapacité financière pour préempter du foncier qui servirait à la construction de logements sociaux, et qu’il déplore la baisse dramatique des dotations de l’État, comment peut-il mépriser ces nouveaux gisements fiscaux ? Que se passera-t-il dans quelques années quand il devra augmenter les impôts locaux pour continuer à investir ? Tous les Luziens seront touchés. La position de Peyuco Duhart est simplement électoraliste. Pourtant, en 2005, quand nous avons rencontré les maires du littoral, il s’était montré sensible à une telle mesure.

peio etcheverry-ainchart

« Sud Ouest ». Peut-on mettre toutes les résidences secondaires dans le même sac ?

Peio Etcheverry-Ainchart. Bien sûr que non. Les propriétaires qui habitent à Saint-Jean-de-Luz quatre ou cinq mois par an participent beaucoup plus au développement local que ceux qui restent moins de deux mois. Des études prouvent d’ailleurs que l’impact de ces derniers sur l’économie locale est dérisoire par rapport à des résidents à l’année. Certains mettent en avant leur pouvoir d’achat mais ils contribuent au déséquilibre des commerces et des animations de la ville, basés sur la saisonnalité. Mais surtaxer les uns et les autres de manière uniforme serait tout aussi injuste que de n’en surtaxer aucun. Il faut imaginer une loi qui n’aurait pas un effet « pélagique ». On peut imaginer utiliser une « bolinche » (technique de pêche plus sélective) qui ferait la différence entre les propriétaires de résidences secondaires qui sont là depuis plus de vingt-cinq ans et les autres par exemple. Ou, pour éviter une usine à gaz fiscale, sélectionner en fonction des revenus des propriétaires.

« Sud Ouest ». Regrettez-vous que l’abandon de la mesure sur la surtaxation des propriétés non bâties ?

Peio Etcheverry-Ainchart. L’objectif était louable : construire sur le foncier déjà disponible. Mais la mesure ne faisait pas la différence entre les petits propriétaires et ceux qui ont de véritables pratiques spéculatives. À Saint-Jean-de-Luz, une soixantaine de parcelles étaient concernées.

« Sud Ouest ». Suite au retrait de la délégation à l’urbanisme de Philippe Juzan, c’est le maire qui a désormais la main sur ces dossiers. Est-ce une bonne chose ?

Peio Etcheverry-Ainchart. Ce n’est pas un problème si c’est transitoire. Mais quand on sait que Saint-Jean-de-Luz a un Plan local d’urbanisme (PLU) et une Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP) à réviser, et qu’elle doit participer à celle du Plan local de l’habitat (PLH) et du Schéma de cohérence territoriale (Scot) au niveau de l’Agglo, les enjeux sont beaucoup trop importants. Le maire, qui est aussi président de l’Agglo, a bien d’autres choses à régler. Il me semble légitime que cette délégation revienne à un élu de la majorité. Malheureusement, Philippe Juzan était le seul vraiment compétent sur ce sujet.

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