S’opposer, c’est aussi proposer. Le groupe municipal minoritaire Herri Berri a décidé de pousser la règle de conduite à fond, ce week-end, en livrant clé en main une « idée novatrice » sur sa thématique de prédilection, le logement.

Un état des lieux « critique »

Aux sources de cette intervention, ce tableau inquiet du parc immobilier luzien, dépeint par Pascal Lafitte : « Il est très difficile voire impossible de se loger à Saint-Jean-de-luz aujourd’hui. » Malgré « des efforts » salués lors de ce mandat, la majorité accuse un retard estimé trop important en matière de locatif social, ou « maîtrisé », selon la terminologie préférée par Herri Berri.

conférence de presse sur les résidences secondaires

« Le maire annonce 18,5 % sur les 25 % à atteindre en 2025 dans le cadre de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain, NDLR). En réalité, ce taux est calculé sur les résidences principales. En rapportant aux résidences secondaires, qui atteignent près de 50 %, on est plus autour des 9–10 %. » En face d’une demande sans commune mesure : « Au Pays basque, 70 à 80 % de la population est éligible à du logement social », s’alarme le chef de file.
Le rattrapage opéré par l’équipe Duhart, avec les programmes quartier Fargeot, ne satisfait pas pleinement Herri Berri, qui y voit l’accentuation d’un déséquilibre géographique entre la périphérie et le centre, affaiblissant la mixité sociale et intergénérationnelle de la cité.
L’accession à la propriété ne serait pas mieux lotie, du fait de prix dissuasifs : « Sur un programme 100 % social comme Elgar, on est à 2 700 euros / m² pour l’accession sociale. Dans le privé, aux érables, ça grimpe à 7 000 à 8 000 euros. »

Les racines du mal selon Herri Berri

Deux causes sont avancées : la première tient à la politique urbanistique de la Ville, jugée attentiste : « On se concentre sur le quartier Fargeot, on ne saisit pas les opportunités quand elles se présentent, on privilégie l’urbanisation plutôt que la rénovation urbaine », regrette Peio Etcheverry-Ainchart. En d’autres termes, Herri Berri souhaiterait que la « puissance publique reprenne la main », en préemptant (faisant valoir son droit d’acquisition prioritaire) lors des ventes immobilières, même si le groupe a conscience que les prix interdisent parfois de le faire (voir plus loin). La Ville pourrait dès lors piloter la construction publique de logement social (locatif et accession). Lorsque les promoteurs privés sont aux manettes, le seuil minimal imposé par le Plan local d’urbanisme (PLU) de 30 % de locatif social paraît en outre insuffisant aux opposants. D’autant qu’il ne s’applique pas aux programmes de moins de 10 logements, qui fleuriraient actuellement dans la cité.

Un panel de propositions radicales mais « limitées »

Afin d’« assainir la situation », Herri Berri invite à « une thérapie de choc », à inscrire dans le PLU luzien en cours de révision. En deux volets, relatifs aux programmes immobiliers privés : l’extension de l’obligation de 30 % de locatif social aux chantiers de 5 à 10 logements ; le passage du seuil de 30 à 50 % de locatif social pour ceux de plus de 10 logements, avec l’ajout de 20 % d’accession sociale à la propriété.

Ce remède radical serait « limité dans le temps et l’espace », tempère Peio Etcheverry-Ainchart. Il courrait d’une « modification simplifiée du PLU », possible d’après lui « d’ici la fin de l’année », à la révision du PLU suivante, soit « 7 à 10 ans, le temps de pouvoir l’expérimenter ». Et la mesure n’engloberait pas toute la ville. En seraient exclus les « trois quartiers sociaux » Urdazuri, Ichaca et Urquijo, et les deux zones Acotz et Erromardie, en vertu de la loi littoral.

Les effets attendus, positifs et négatifs

L’impact favorable serait double. « Compte tenu de cette nouvelle donne, il est possible que le (promoteur) privé renonce à acheter. Le vendeur va alors devoir baisser son prix, le but étant qu’il le fasse jusqu’à un niveau où la préemption publique devient possible, table Peio Etcheverry-Ainchart. Si le privé achète quand même, l’effort financier qu’il consentira sera majoritairement favorable au logement social. »
Et de transposer l’hypothèse aux trois programmes réalisés ces deux dernières années à Karcinenea : « Il y a eu 409 logements, 280 privés et 129 sociaux, ça a fait monter le nombre de logements sociaux dans la ville à 1465, soit 18,48 %. Avec notre mesure, il y aurait eu 129 logements privés, pour 280 sociaux. On serait passé à 1 536 soit 19,37 % de logements sociaux. »
Le dommage collatéral de la mesure n’est pas occulté : « Dans un programme avec 70 % de logement social (50 % de locatif et 20 % d’accession à la propriété), le promoteur pourrait augmenter les prix des 30 % restants (accession libre), mais cette hausse serait probablement tempérée par les limites du marché », veut croire l’élu.

La mesure a-t-elle une chance d’être appliquée ?

Si Herri Berri ne nie pas s’inscrire dans « une critique de la politique en place », le groupe affirme formuler sa proposition dans un « esprit contributif ». « Elle peut être débattue ou amendée. C’est une alternative à la situation et contre le fatalisme », ouvre Pascal Lafitte. Sollicité par « Sud Ouest » pour y réagir, le maire Peyuco Duhart a fait savoir qu’il ne s’exprimerait pas à chaud.

Résolument radical, le projet est-il également réaliste ? Sans aucun doute, selon les colistiers, qui assurent avoir consulté des experts français et les services de l’État. Seule la réponse quant à la faisabilité des 20 % d’accession sociale obligatoire leur manque. « Ce projet implique que la puissance publique impose des règles. Ce n’est pas une mesure collectiviste ou bolchevique. On ne demande par l’expropriation de tous les logements ! »

voir l’article sur le site de Sud Ouest