Alain Philippe, ancien Président de la Fondation Macif, spécialiste d’économie sociale et solidaire, s’est confié au journal Sud Ouest sur la nécessité de créer une accorderie à Saint-Jean-de-luz Ciboure.Alain Philippe. Le Luzien de cœur, spécialiste d’économie sociale et solidaire a découvert, au Québec, le concept d’Accorderie. Il souhaite en voir naître une ici.
Alain Philippe importateur des accorderies en France
Nul n’est, paraît-il, prophète en son pays. À 68 ans, le Luzien Alain Philippe entend faire mentir l’adage. L’ancien président de la Fondation Macif est, aujourd’hui, conseiller du directeur général de la Mutuelle sur l’économie sociale et solidaire. Il a importé le concept d’Accorderie en France. Il aimerait en voir naître une luzo-cibourienne.Dans ce réseau d’échanges de services entre citoyens, pas d’argent. Pour que le système fonctionne, les villes doivent s’y impliquer financièrement. À la demande des abertzale des deux communes, il animait une première réunion d’information, à la Grillerie, mercredi.

« Sud Ouest » Quel est le rôle de votre fondation ?

Alain Philippe. La Macif l’a créée en 1991. Elle lui octroie 3,5 millions d’euros par an. Sa philosophie a évolué au fil des ans. Pour nous, l’économie sociale ne doit pas que réparer. Elle doit innover pour répondre aux besoins sociaux. La crise de 2008 nous y a poussés. Un exemple, on a mis en place un programme de formation aux écogestes qui a permis à des familles en difficultés d’économiser 30 % sur leurs factures.

Comment avez-vous découvert les Accorderies ?

Dans le cadre de mon travail à la fondation, j’allais souvent à Québec. Un jour, un partenaire m’emmène à celle de la ville : ça a fait tilt. J’ai décidé d’importer le concept. Après une étude de faisabilité dans le XIXe arrondissement de Paris, la première est née là, portée par la régie de quartier. Aujourd’hui, il y en a 22.
accorderie à Québec

Qu’est-ce qui vous a séduit ?

Leur vocation sociale. C’est la différence avec les SEL (Système d’échange local, NDLR). Eux reposent sur les bénévoles. Ils sont créés par ceux qui en sont les bénéficiaires. Les Accorderies, elles, cherchent l’intérêt général. Un salarié coordonne. Rien n’est bénévole mais la monnaie en vigueur est le temps, pas l’argent. La réciprocité est fondamentale. On ne peut pas que donner et on ne peut pas que recevoir. Elles répondent ainsi à la précarité et à l’isolement. Elles développent le pouvoir d’agir et créent de la mixité sociale. Pour assurer leur pérennité, il faut des financements. C’est pourquoi il faut les adosser à des institutionnels.

N’y a-t-il pas un risque de récupération politique ?

Non, c’est un outil sans connotation, sans couleur politique. Parmi nos administrateurs, il y a des organismes aussi divers que la Caisse des dépôts et consignations ou le Secours catholique. Des villes comme Bordeaux avec Alain Juppé, comme Paris avec l’ex-maire Bertrand Delanoë ont leurs Accorderies. Plus près d’ici, Michel Veunac, à Biarritz, s’engage dans la démarche.

Combien ça coûte ?

Ça coûte le prix d’un salarié qui va coordonner et animer la structure, entre 35 000 à 55 000 euros par an. Il faut forcément que la Ville s’y implique mais elle n’est pas le financeur unique. Outre la fondation qui a donné 240 000 euros au réseau des Accorderies en 2015, la CAF, le Département, la Région, la Caisse des dépôts ou les donateurs peuvent notamment intervenir. On peut s’interroger sur la concurrence déloyale que le système peut induire… La présence du salarié est un garde-fou. On se limite à ces petits services du quotidien pour lesquels un pro ne se déplacerait pas. En somme, tout ce que l’on pouvait demander avant à ses voisins mais qui a disparu parce que le lien social s’est étiolé.

Comment y impliquer les gens ?

L’Accorderie part forcément d’un collectif. Il le faut pour obtenir le label du réseau. Ici, il s’agit d’élargir le cercle en mobilisant toutes les associations du domaine social et donc leurs adhérents et bénéficiaires. Ce sont autant d’accordeurs potentiels.

Combien de temps faudra-il pour voir naître une Accorderie ici ?

On n’en est qu’à l’alpha. Si ça marche, à partir du moment où la graine est plantée, l’expérience montre qu’il faut un an minimum.Recueilli par Raphaëlle Gourin